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Leadership d’attentions – Eric Albert

Après avoir focalisé le monde entier sur le Groenland, le président américain, a changé de sujet. Mais il garde l’attention et chacun suit ses débordements verbaux qui induisent d’innombrables heures de commentaires et de conversations pour tomber dans l’oubli à l’épisode suivant. Trump maîtrise parfaitement l’un des principaux enjeux de notre temps : capter l’attention.

Cet enjeu est omniprésent dans l’entreprise. Le déficit d’attentions est partout. Capacité à se concentrer pour réfléchir à un sujet ou à rédiger, capacité à écouter les autres lors d’une réunion, capacité à porter son attention sur les sujets prioritaires plutôt que sur le flux d’informations entrantes… Sans une extrême rigueur pour les réguler, nos ordinateurs et nos téléphones ne cessent de signaler de nouveaux messages ou informations. Les sollicitations sont permanentes. Pire, lorsque leur rythme baisse, la tendance pourrait être d’aller en chercher de nouvelles en scrollant sur sa page préférée.

Cette question de l’attention devient centrale pour les leaders. D’abord parce qu’elle les concerne au premier chef. Comment avoir la bonne attention à soi pour décider et ne pas subir sur quoi porter son attention. Que faire lorsque son attention baisse ? Comment gérer ce bien précieux sursollicité de toutes parts ?

Au-delà de l’attention à soi, le leader doit aussi travailler son attention aux autres. Comment les observer, les percevoir, les comprendre, les aider, les développer ? Un leader qui s’appuie sur les autres ne peut pas juste les utiliser. Il est en interaction avec différentes parties prenantes ce qui suppose de leur accorder l’attention adéquate.

Pour atteindre ses objectifs, le leader tente de produire l’effet recherché sur les individus ou les situations sur lesquelles il intervient. Cet effet, s’observe, se questionne, s’ajuste en permanence. Encore faut-il y accorder l’attention suffisante et au bon moment.

Mais l’attention concerne aussi la façon d’appréhender le monde, d’en comprendre les évolutions et de capter les signaux faibles.

Enfin le leader est lui-même un capteur d’attentions. À chaque réunion qu’il anime, combien des présents se laissent distraire, voire font autre chose ? Il lui faut donc tenir compte de ce déficit structurel de ses équipes pour organiser les temps de travail de telle façon que chacun reste focalisé.

Le développement des leaders ne peut pas passer à côté de ce sujet de premier plan. L’efficacité du leader de demain dépendra avant tout de la façon dont il sait focaliser son attention sur l’essentiel et capter celle de son entourage.