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Les limites de l’opportunisme – Eric Albert

Il semble clair que la guerre en Iran a été déclenchée par l’opportunité d’éliminer le Guide suprême. Une conjonction de renseignements a permis de localiser la cible ce qui constituait une occasion unique. Et, de fait, sur cet objectif précis, c’est un succès. Pour autant, quid de la suite ? Rappelons-nous la séquence. Dans un premier temps, il s’agissait pour les Américains de faire pression sur l’Iran pour l’obliger à négocier. Échec et voilà la guerre déclenchée sans objectif clair et donc sans autre stratégie que de mettre un pays à genoux. Et après ?...

L’opportunisme est une grande qualité. Savoir saisir l’occasion qui se présente, réagir vite et au bon moment, ne pas hésiter face à la circonstance, sont des spécificités des grands dirigeants. Mais ce n’est pas juste une intuition qui doit guider la décision. Deux hypothèses. Soit ce qui surgit entre dans un cadre prédéterminé. Cela précipite la mise en œuvre d’options prises auparavant. Et la décision est facile à prendre. On sait précisément pourquoi cette occasion est saisie car elle entre dans une stratégie réfléchie. Soit la situation qui se présente paraît intéressante mais ne correspond pas avec la stratégie. Dans ce cas, il faut prendre un peu plus de temps pour repenser les choses et surtout envisager les différentes hypothèses qui feront suite à la nouvelle orientation opportuniste.

Autrement dit l’opportunisme n’est pas seulement une rapidité de décision. Elle doit s’inscrire dans une mise en perspective par rapport aux enjeux de l’entreprise. Les traits de personnalité du dirigeant le font basculer d’un côté ou de l’autre. Ceux qui sont volontiers impulsifs apprécient les opportunités car elles représentent l’occasion pour eux d’agir vite. Ils sont en permanence à l’affût, ils aiment les « coups », ils délaissent les questions de mise en œuvre. Ce qui les fait vibrer, c’est cette perception d’avoir été le premier à voir l’opportunité et à la saisir. À l’inverse, les éternels hésitants ont beaucoup de mal à dépasser leurs doutes. Inquiets des conséquences, ils voient surtout les risques adjacents. Pour surseoir à la décision, ils se rassurent en se disant que d’autres opportunités se présenteront.

C’est de soi qu’il faut se méfier le plus. Ce qui suppose de bien se connaître, donc d’avoir bien identifié la façon dont on penche naturellement si on n’y prend pas garde. L’opportunisme est une grande qualité à condition d’être travaillée avec lucidité.