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Le piège de l’engagement – Eric Albert

La guerre contre l’Iran, que tout le monde espérait courte, semble partie pour durer. « Fureur épique », qui par l’intensité de ses actions devait mettre l’Iran à genoux en quelques jours, n’a pas donné les résultats escomptés. Certes régulièrement le Président américain annonce l’avancée de négociations et la fin rapide des hostilités, mais force est de constater que l’on est plus dans l’escalade que dans l’inverse.

La psychologie de l’engagement a montré comment la mise en acte entraîne l’individu à persister dans le sens de son choix initial. Plus il est persuadé de faire son choix par lui-même sans être sous l’influence ou l’autorité d’autrui, plus sa tendance à rester sur la même ligne sera forte. Ce mécanisme fonctionne à notre insu, c’est pourquoi, il faut y être particulièrement vigilant. Prenons l’exemple du recrutement. Avant la décision finale, plusieurs personnes sont consultées, pour autant le choix est fait par un responsable. Plusieurs semaines après la prise de poste, même s’il constate que le nouvel arrivant ne correspond pas à ses attentes, il est très rare qu’il fasse marche arrière en interrompant, par exemple, la période d’essai. Il va trouver tous les arguments pour expliquer pourquoi il décide de continuer tout de même avec lui. Sans se rendre compte que son choix initial pèse dans sa persistance.

C’est vrai aussi sur des choix stratégiques. Après avoir exploré toutes les options, il y a un moment où il faut prendre le risque d’en choisir une sans être totalement sûr qu’elle sera à la hauteur des attentes. Lorsque les vents sont contraires, toute la question est de comprendre les déterminants de nos choix. Jusqu’où faut-il persister ? La persévérance est une qualité essentielle des entrepreneurs, mais l’entêtement est une autre forme de risque.

Ce que nous apprend la psychologie de l’engagement c’est que nos choix antérieurs nous influencent. Ainsi il n’est pas toujours simple de comprendre nos réticences à revenir en arrière. Cela va bien au-delà d’accepter de s’être trompé. C’est une propension à continuer dans le sens initial choisi. Il faut donc garder en tête que chaque choix nous engage et nous entraîne. Ce qui signifie qu’au moment de décider, il faut envisager la possibilité de changer de direction en fonction de critères définis à l’avance. Sinon, lorsqu’ils surviennent, ils seront banalisés ou minimisés. Le recul sur soi est au cœur de l’efficacité du dirigeant.