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Gérer les exceptions ou mener de vraies transformations – Eric Albert

Le président Macron a lancé l’idée d’appliquer la méthode JO et Notre Dame à 150 projets importants pour la souveraineté et la réindustrialisation de la France. En pratique, il s’agit de créer un système d’exception pour ces projets qui ne seront plus soumis à tous les freins administratifs habituels. Dans un premier temps on ne peut que se féliciter de la perspective de voir avancer de nouvelles initiatives qui vont contribuer à la prospérité du pays. Mais, à la réflexion, il ne s’agit que d’instaurer un régime particulier pour les initiatives choisies de façon arbitraire par le fait du prince. En somme, puisque la plus haute autorité de l’état constate l’incurie de son administration, il autorise certains à ne pas s’y soumettre plutôt que de changer le fonctionnement global.

Il est toujours tentant pour un chef d’être le « Deus ex machina » qui, du haut de son pouvoir, règle des problèmes ponctuels. C’est plus facile et gratifiant que de changer le fonctionnement global. Dans le premier cas, on obtient des résultats rapides et on montre une utilité immédiate, dans le second il faut convaincre, donner envie et surtout appliquer une méthode de changement dont on sait qu’elle nécessitera beaucoup de persévérance. Beaucoup de dirigeants préfèrent gérer des crises que conduire des changements de fond. En somme, ils choisissent la facilité plutôt que d’apporter de la valeur ajoutée durable.

Le dirigeant devrait être jugé sur ce qu’il laisse à son départ plus que sur ses performances ponctuelles. En quoi l’entreprise est préparée à affronter les grands bouleversements du futur plutôt que comment elle réussit quelques années de bons résultats. Ce rôle de transformer l’entreprise est sous-estimé. Pourtant il n’y a que le chef qui peut le garantir. Il est en effet logique que les responsables d’entités opérationnelles se centrent sur le court terme. Ils poussent leurs équipes à délivrer toujours mieux, vite et plus. Il est donc nécessaire que l’autorité supérieure qui n’est pas noyée dans les sujets quotidiens se consacre à projeter l’entreprise dans le futur.

Les dirigeants qui préfèrent gérer les crises plutôt que de transformer leur entreprise sur le fond, sont montés trop haut et exposent leur incompétence. Ils feraient mieux de retourner à une fonction opérationnelle qui leur convient mieux. C’est aux conseils d’administration de garantir cette dimension en mettant les CEO sous pression sur le sujet.