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En 2026, faire face à la peur – Eric Albert

L’année qui vient de se terminer a été marquée par le retour de la menace, du coup de force et de l’intimidation. L’affaire Maduro n’en est qu’un épisode de plus. Si Trump en joue ouvertement, les autres grandes puissances telles que la Chine ou la Russie ne se privent pas d’utiliser largement ce registre. Ce qui est frappant, c’est que jusqu’à présent cela semble profiter à ceux qui en jouent. Leurs interlocuteurs cèdent face à la pression sans arriver à faire des alliances de nature à leur permettre de résister.

Dans l’entreprise, la peur a toujours été utilisée par le management avec différents types de registres. Le plus courant est le registre implicite. « Moi à ta place, je ne ferais pas cela… ». Pas de menace, juste un avertissement que le destinataire comprend, en général, très bien. Mais les méthodes peuvent être plus brutales. Elles sont incarnées par Musk lorsque, par exemple, il demande aux salariés de Twitter juste racheté de s’engager à travailler plus que les horaires pour lesquels ils sont payés ou de prendre la porte.

Il est intéressant de remarquer que l’année a été moins réussie pour ce dernier que pour son ex-ami Trump. Est-ce que la peur fonctionnerait moins bien en management qu’en géopolitique ?

La plupart a besoin, pour se dépasser, d’une certaine pression. Et la peur est la pression la plus simple à activer. Pour autant, elle trouve sa limite lorsqu’elle provoque la perte de toute prise d’initiative et la rivalité entre les acteurs qui bloque la collaboration. Enfin, elle donne envie, à ceux qui le peuvent, de quitter l’entreprise pour ne plus être sous une menace arbitraire.

Existe-t-il une bonne peur ? En tous cas, il est utile dans l’entreprise de partager collectivement des inquiétudes communes. Inquiétude concernant la sécurité, inquiétude concernant la qualité du produit, inquiétude concernant le respect de certaines procédures, etc. Ce n’est pas une peur liée à l’arbitraire d’un chef, c’est une inquiétude partagée par tous les acteurs sur des aspects importants pour l’entreprise. Chacun dès lors sait précisément ce qui est essentiel et intériorise la pression.

En 2026, je souhaite aux dirigeants d’aider leurs équipes à se libérer des peurs paralysantes pour partager collectivement les sources d’inquiétudes légitimes de l’entreprise. Ils pourront ainsi mobiliser les acteurs qui sauront comment, chacun à leur niveau, ils peuvent contribuer à écarter les dangers qui menacent l’entreprise.