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Insatisfaction au travail – Eric Albert

Il y a un paradoxe apparent. Les entreprises multiplient les actions sur la qualité de vie au travail, font passer tous leurs managers dans des formations au management et ont pris en compte l’équilibre de vie des collaborateurs en ayant des accords sur le télétravail qui laissent souvent au moins deux jours par semaine à distance. Et pourtant, jamais l’engagement, la satisfaction au travail n’ont été aussi faibles, et la souffrance psychique aussi élevée. Sur un plan collectif cela se manifeste par une crispation extrême sur tout ce qui touche à l’âge de la retraite ou à la suppression de jours fériés. Notons qu’en France moins de 10 % des salariés sont engagés, ce qui place le pays en queue des pays européens.

La question de fond qui se pose est comment faire plus aimer le travail aux Français, sachant que c’est une condition indispensable au maintien du niveau économique du pays comparé aux autres. Deux catégories de pistes sont à creuser. La première concerne bien sûr les entreprises et les modes de management. Rappelons les bases. Avant tout donner du sens : Permettre à chacun de comprendre comment sa contribution individuelle sert un projet collectif plus vaste, renforçant ainsi son sentiment d’utilité. Ensuite la reconnaissance. Certes, tous ont à s’améliorer et pourraient sûrement faire mieux, mais, pour autant, chacun doit se sentir reconnu pour sa contribution. Enfin la marge de manœuvre. Quelle que soit l’activité, il faut laisser aux acteurs et même l’encourager, la capacité d’améliorer ce qu’ils font en prenant des initiatives. Ce qui les sort d’une perception de pure exécution. Ajoutons, la nécessité que chacun sente qu’il se développe.

La responsabilité des entreprises est considérable. Mais il y a aussi un enjeu sociétal. Il est important que la scolarité donne aux acteurs le goût de l’effort. Faute de quoi la rencontre avec le monde du travail n’est que frustration. Il est aussi fondamental que la représentation qui leur est transmise du travail en entreprise, ne le soit pas que dans un registre négatif : l’enjeu ne serait que de tirer le meilleur parti d’une situation pénible en essayant de ne pas se faire exploiter. En somme, la pédagogie à faire sur la représentation du travail et de l’entreprise, doit considérablement évoluer.

Retrouver de la satisfaction au travail et l’engagement qui va avec est un enjeu national. L’état, d’une part, et les entreprises, de l’autre, devraient le mener de front. Car l’un et les autres en seront largement bénéficiaires.