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Disruption du management – Eric Albert

Mark Zuckerberg a annoncé que bientôt son double digital serait disponible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 pour l’ensemble des salariés du groupe Meta. Ainsi chacun, dès qu’il aura une question, quelle qu’elle soit, pourra interroger le boss, ou plutôt son double IA. Celle-ci aura été entraînée pour penser, s’exprimer, trouver les solutions, mettre une pointe d’humour et insister sur ce qui est important, exactement comme son modèle le ferait et avec sa voix.

On peut, dans un premier temps, sourire de cette initiative qui rend le chef omniprésent, avec un don d’ubiquité et omniscient capable de répondre à toutes les questions d’où qu’elles viennent. L’IA au service de l’hubris du dirigeant tout-puissant. Mais à y réfléchir de plus près, les conséquences sont vertigineuses. D’abord les salariés vont jouer avec ce nouvel outil. Enfin jouer n’est pas le terme. Car ils comprendront vite que c’est une nouvelle forme de surveillance. Le nombre, le type et la forme des questions seront suivis et entreront dans l’évaluation. De plus, il est fort probable que ces interrogations viendront se substituer progressivement à celles qu’ils adressaient préalablement à leur manager direct. Et notamment à chaque fois qu’ils auront à prendre une décision, mieux vaudra se couvrir en interrogeant l’avatar. Donc leur manager va perdre beaucoup de son utilité et probablement disparaître assez rapidement. Et eux-mêmes seront invités directement ou implicitement à ne plus prendre d’initiatives sans en parler. Ce qui revient à s’en remettre à l’IA qui décidera de tout.

Il s’agit donc de faire gérer l’entreprise par l’IA. Ce qui est assez logique puisque les dirigeants de la tech américaine ont la conviction profonde qu’elle est tellement supérieure à l’humain. Où se trouvent les limites ? Citons-en quelques-unes. D’abord managériales. Tant qu’il reste des salariés, ils auront besoin d’une relation à un autre humain. Un autre humain qui ressent et montre des émotions, qui doute, avec lequel les échanges ne sont pas parfaitement lisses. Ensuite, c’est la perte de l’intelligence collective qui émerge de la confrontation de points de vue différents. Par sa connaissance et puissance de calcul immense, l'IA se positionne comme le boss et aura ainsi toujours doublement raison. Enfin, c’est la négation de l’utilité de l’expérience et de l’intuition des acteurs.

La science-fiction devient réalité. Il va être intéressant de suivre les effets de l’IA manager. Mais gageons que l’humain a encore quelques atouts.