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Ne pas déplaire – Eric Albert

La France, avec une quasi-unanimité de la classe politique, a pris position contre le Mercosur. Pourtant, la plupart des experts font l’hypothèse que ce sera probablement globalement positif pour le pays. Ajoutons qu’au moment où les US sont dans un pur rapport de force, trouver des marchés de libre-échange n’est pas inutile. Ceux qui sont inquiets voire franchement opposés, font entendre leur voix de façon insistante. Non pas qu’il ne faille pas les entendre et répondre à leurs inquiétudes, mais la ligne directrice d’un dirigeant doit toujours être l’intérêt global.

En entreprise, ne pas déplaire est un principe de fonctionnement très présent dans les esprits. D’abord ne pas déplaire à son chef (ce qui, dans certains cas, peut être assez prudent). Ensuite ne pas déplaire à ses collègues, et enfin ne pas déplaire à ses équipes. D’ailleurs, l’exercice de l’évaluation à 360° d’un manager qui consiste à demander l’avis de tout son entourage, n’est-il pas une façon de vérifier que l’on plaît suffisamment ? Le piège est qu’on ne sait pas jusqu’où il faut plaire. Et, bien souvent, les acteurs anticipent les réactions et consacrent leur énergie à ce qu’ils supposent qui va satisfaire leur chef.

La distinction fondamentale est que, s’il faut maîtriser l’effet que l’on produit sur son entourage, cet effet ne peut pas se limiter à plaire ou ne pas déplaire. Par nature, certaines décisions d’un dirigeant vont à l’encontre de ce que souhaitent ses équipes ou qui leur ferait plaisir. Ne pas déplaire est un moyen mais pas une finalité. Il est évident qu’il vaut mieux que les acteurs soient satisfaits. Mais il est tout aussi évident que dans certaines circonstances, ils ne le seront pas.

L’enjeu est alors de donner du sens et de mettre en perspective les décisions prises. Mais aussi, de soutenir ceux qui sont mis en difficulté.

À l’inverse, certains mesurent leur pouvoir à leur capacité à déplaire, à être désagréable et à imposer leur bon vouloir. Ils trouvent une satisfaction à produire de la frustration autour d’eux et à tester jusqu’où ils peuvent aller. Il est clair que ces personnalités toxiques sont à écarter.

Un dirigeant est avant tout le garant de l’intérêt général. Son registre n’est ni la séduction, ni la popularité mais le sens qu’il donne à son action. En fonction des circonstances, il produit des émotions qui ne sont pas toujours positives. Et il l’assume.