Se mettre en arrêt

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Se mettre en arrêt – Éric Albert Uside

Se mettre en arrêt

Par Éric Albert


La négociation sur les arrêts de travail commence ces jours-ci. Ils ont coûté 18 milliards à la Sécurité sociale en 2025. Ces dépenses ont augmenté de 7 milliards en 9 ans. Cette augmentation concerne notamment les jeunes salariés. Selon le Datascope d’Axa, observatoire portant sur 3 millions de salariés, les arrêts des moins de 30 ans progressent de 10 % en 2025. C’est la dégradation de la santé mentale qui les touche le plus, puisque sur cette population plus de la moitié des arrêts longs sont liés à des troubles psychologiques.

La première réaction face à cette situation est de protéger davantage les salariés, et spécialement les jeunes. Il est tout à fait clair que la prévalence des troubles dépressifs chez les moins de 30 ans a considérablement augmenté. Le réseau de soins et de soutien psychologique pour cette population qui a été amélioré, demeure sous-dimensionné. Rappelons que le travail est un facteur de protection pour les troubles dépressifs. L’entreprise a tout intérêt à faire de la prévention, car sa performance dépend en premier lieu de la santé de ses salariés.

La seconde réaction consiste à nommer l’éléphant dans la pièce. L’arrêt de travail pour toute une population est devenu un droit, comme le sont les allocations chômage pour d’autres, que l’on peut activer à son gré. Ce n’est plus une assurance qui s’enclenche en cas de crise. Ce n’est plus une sécurité pour faire face à un problème, à un événement de vie. C’est devenu une possibilité utilisée comme cela arrange. L’un, considérant que le recadrage ou le feedback de son manager ne lui a pas plu, disparaît en arrêt quelques jours. Un autre, défaillant et se sentant menacé dans son emploi, est pour plusieurs mois arrêté. Les managers l’ont tellement intégré qu’ils se censurent en amont et évaluent l’intérêt de dire les choses versus le risque d’arrêt de travail.

À chaque fois qu’une mesure de solidarité est détournée au profit d’intérêts particuliers, la société se délite un peu plus. Ceux qui respectent l’esprit de la mesure ont le sentiment d’être les dindons de la farce. Quand ceux qui transgressent ont juste l’impression de bien utiliser les avantages du système. C’est pourquoi il faudrait améliorer la formation économique des médecins qui signent les arrêts et être beaucoup plus rigoureux dans les contrôles. Et plus encore, dans la mise en œuvre de sanctions vis-à-vis de ceux qui exploitent le système à leur avantage en en détournant l’esprit.