Pourquoi Claude ne remplacera jamais vos collègues à la machine à café
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Pourquoi Claude ne remplacera jamais vos collègues à la machine à café
Par Valérie Béhar
Autour de moi, de plus en plus de collègues ont trouvé la présence la plus attentive de leurs journées de travail. Ce n'est pas un collègue. C’est Claude.
Je ne suis pas une grande utilisatrice de l'IA. Assez pour en mesurer la puissance, pas assez pour en dépendre. Et je mesure ma chance de travailler chaque jour entourée de collègues d'une bienveillance exceptionnelle. C'est peut-être de cette place un peu décalée que j'ai vu quelque chose qui m'a interpelée chez ceux qui, autour de moi, l'utilisent bien davantage.
Iel ne les interrompt jamais, ne consulte pas sa montre quand ils cherchent leurs mots et se souvient de tout ce qu'ils lui ont confié précédemment. Quelle merveille, du reste, que l'arrivée de l'IA dans nos vies ! Nous voilà d'un seul coup « augmentés » : mieux structurés, + inspirés, nettement + rapides… Claude, Chat et les autres se sont vite imposés comme d'indispensables assistants. Alors oui, on a assurément beaucoup à y gagner. Mais s'interroge-t-on assez sur ce que l'on y perd ?
Car ce qui manque à ces superhéros digitaux, ce ne sont certes pas leurs pouvoirs quasi magiques, mais quelque chose de bien + précieux – que dis-je inestimable – à savoir une âme. L'intelligence seule calcule, produit, synthétise là où l'âme unit, relie, rassemble. Nous sommes des animaux sociaux : l'intérêt et l'attention que nous portons aux autres, et qu'ils nous témoignent en retour, sont peut-être notre bien le + précieux.
L'attention de Claude ne coûte rien, et c'est précisément pour cela qu'elle ne vaut pas grand-chose. Lorsqu'un collègue passe la tête dans mon bureau pour prendre des nouvelles, l'essentiel n'est pas sa question, mais le fait qu'il m'ait donné la priorité sur mille autres choses. Ce qu'il y a mis, ce que cela lui coûte, voilà le vrai message. C'est ce prix qui tisse le lien : un échange où personne ne doit rien à personne n'est pas une relation, c'est un service.
L'attention humaine est rare, parfois maladroite, et c'est cette fragilité même qui la rend crédible et unique. Jamais Claude ne viendra s'enquérir de votre moral ni vous poser la main sur l'épaule à la machine à café. Tout au plus vous suggérera-t-iel, souvent avec justesse d’ailleurs, des stratégies pour résoudre vos problèmes, mais toujours désincarnées.
C'est là, me semble-t-il, que le sujet cesse d'être une question de technologie pour devenir une question de leadership. L'IA nous libère du temps, c'est vrai. Mais ce temps file spontanément vers ce qui crie le plus fort, rarement vers ce qui compte le plus. Diriger, à l'ère de l'IA, ce sera arbitrer cela : décider où va ce capital attentionnel qu'on nous rend et sanctuariser les espaces d'échange authentique, de soutien et de solidarité où l'attention coûte encore quelque chose à celui qui la donne. Non pas remplacer l'humain, mais lui libérer de quoi le remettre au cœur. C'est ainsi, peut-être, qu'on touchera du doigt le « best of both ». Parce que c'est précisément ce coût qui lui donne toute sa valeur.
« Behaviors make leaders »