L’entreprise doit-elle être politique ?

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L’entreprise doit-elle être politique ?

Par Eric Albert


La tribune anti-Bolloré a fait couler beaucoup d’encre. Toute l’industrie du cinéma s’est émue de la réaction de Maxime Saada, le patron de Canal+, qui dit ne plus vouloir collaborer avec les signataires de la tribune. Il y a quelques jours, on a assisté à une polémique lorsque des patrons du Cac 40 ont rencontré Marie Le Pen. Pascal Demurger, patron de le Maïf, lui refuse tout échange avec le RN et déclare que l’entreprise est politique (non pas pour défendre les idées d’un parti mais pour avoir un impact sociétal et écologique). Outre-Atlantique, Musk a très largement politisé ses entreprises. Quelles sont les conséquences de ce mouvement ?

À travers certains syndicats, l’entreprise est le lieu d’affrontements politiques depuis longtemps. Pour autant faut-il qu’elle soit politisée par le chef d’entreprise qui, à travers son assise médiatique et son pouvoir de décision, peut l’orienter dans le sens qui flatte ses opinions personnelles ? Notons que la finalité de l’entreprise n’est pas de promouvoir des idées. On considère généralement qu’elle a pour vocation d’assurer sa pérennité tout en apportant des bénéfices à ses différentes parties prenantes. Pour atteindre cette finalité, les opinions du patron importent peu, cela n’entre d’ailleurs jamais en compte dans son recrutement. Pour autant, les convictions du chef d’entreprise influencent sa représentation de ce qui est efficace. Ainsi, l’un, aux convictions sociales, attachera beaucoup d’importance au dialogue social, alors qu’un autre, foncièrement libéral poussera à la compétition interne entre les acteurs. C’est ainsi que l’on voit des coups de balancier à certains renouvellements de patrons. Mais leur objectif n’est pas de faire du prosélytisme mais bien d’obtenir des résultats. Car le prosélytisme va toujours à l’encontre des résultats. D’abord parce qu’il clive et donc se prive de talents (c’est ce que fait Maxime Saada en blacklistant les signataires). Ensuite, parce qu’il crée des débats et des antagonismes au sein des salariés qui n’ont pas lieu d’être. Enfin parce qu’il apporte de la confusion sur le rationnel des décisions : en référence à un enjeu d’efficacité ou en lien avec les idées politiques du chef ?

Notons que les dirigeants qui politisent leur entreprise la contrôlent sur le plan actionnarial. Ils font comme si elle leur appartenait intégralement en l’utilisant à des fins politiques. Cela se fait aux dépens des actionnaires minoritaires qui probablement pourraient mieux faire entendre leur voix.