Le leader autocentré

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Le leader autocentré

Par Eric Abert


Depuis le début de sa guerre contre l’Iran, Trump ne manque pas de dire à son ennemi ce qu’il devrait faire. En l’occurrence, il ne fait qu’énumérer ce qu’il voudrait que fasse son adversaire. Ce dernier ne s’y conforme évidemment pas. Dès lors on peut s’interroger sur l’utilité de lui révéler ce qu’on attend de lui car c’est une façon de dévoiler son jeu. Une des hypothèses pourrait être que le Président américain est tellement autocentré qu’il ne raisonne et ne s’exprime que par rapport à lui-même.

C’est une caractéristique de tous les chefs, d’être plus ou moins autocentrés. Pour beaucoup d’entre eux, cela est accompagné d’une certaine confiance en eux qui leur permet de prendre des risques. Toute la question est de savoir à partir de quand cela devient dysfonctionnel.

On voit qu’un chef est autocentré à sa façon d’agir. Officiellement tout ce qui est fait est orienté vers l’efficacité ou le business mais, en fait, cela répond, avant tout, à une nécessité intérieure. Besoin de s’affirmer, de poser son pouvoir, de se rassurer, d’avoir le dernier mot, de se valoriser, d’éviter la prise de risque, etc. La logique interne du dirigeant et ses émotions guident ses comportements. Les effets produits sur les autres n’entrent pas ou peu en ligne de compte. Ce qui domine, c’est exprimer ce qui répond à sa préoccupation du moment. Une autre caractéristique du dirigeant autocentré est dans sa façon de s’entourer. Il choisit avant tout des profils qui lui sont dévoués et loyaux. La compétence passe après. Enfin, un dirigeant autocentré ne cherche pas à constituer une équipe autour de lui. Il privilégie les relations individuelles avec les uns et les autres pour recueillir les informations qu’il souhaite et donner ses instructions. Doté d'une certaine dose de paranoïa, il prêche volontiers le faux et recoupe ses sources d’informations.

Nous sommes tous plus ou moins autocentrés. L’enjeu est, d’une part de comprendre les mécanismes en œuvre dans sa propre économie psychique, et d’autre part, de revenir sur son rôle et sa valeur ajoutée. Mais peut-être l’argument qui pourrait encourager les dirigeants autocentrés à évoluer, réside dans les études sur le bonheur. Elles montrent qu’il réside dans les relations qualitatives et à ce qu’on donne, plus qu’à ce qu’on reçoit. Les autocentrés ne font que prendre aux autres et apaiser leurs sollicitations internes. Apaisement éphémère, satisfactions fugaces et quête sans fin.