Le besoin d'avenir

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Le besoin d'avenir

Par Éric Albert


La révolte des lycéens surprend par le décalage entre son ampleur et le contenu des revendications. Des centaines de milliers de jeunes dans la rue pour des questions de locaux dégradés et de non-remplacement des professeurs. C’est curieux. Les commentaires des adultes sur le mode « de mon temps ce n’était pas mieux » se multiplient. C’est qu’en fait, ce mouvement exprime beaucoup plus le malaise profond et légitime d’une génération qui ne voit pas son avenir. Entre la dette, la dégradation de la planète et le futur du travail sous dépendance de l’IA, les raisons d’être inquiet foisonnent. Cette crise est le résultat du manque de prise en compte de toute une génération à laquelle on ne donne pas de perspectives.

Les choses s’expriment autrement en entreprise. Pour autant, lorsque l’on prive de perspectives une population pour ne se centrer que sur le quotidien, on crée le même type de malaise. Or le contexte qui n’est fait que d’inconnu peut conduire les dirigeants à centrer les acteurs sur l’ici et maintenant et sur la délivrance des objectifs. Chacun est sommé de se concentrer sur du court terme puisque la visibilité à moyen et encore plus long terme, est pour le moins floue. Cela peut fonctionner pendant un certain temps, comme si, submergés par le quotidien, les salariés n’avaient pas le temps de s’inquiéter du futur. Mais l’inquiétude non exprimée s’accumule, et elle sortira sous une forme inattendue et parfois avec des revendications qui semblent décalées.

Mais comment les dirigeants peuvent-ils donner des perspectives dans un avenir si incertain ? Ils en donnent à leurs actionnaires à travers leur stratégie. Et souvent, ils considèrent que les salariés doivent s’en contenter. La stratégie décrit l’avenir de l’entreprise, mais pas celle de ses salariés. Ceux-ci peuvent ne pas se retrouver dans ce qui est prévu pour leur entreprise. Ils ne voient pas où se trouve leur évolution, comment ils vont progresser et comment ils vont trouver leur place dans cet avenir. Donc la stratégie ne suffit pas. Il est nécessaire de montrer à chaque population quelle place elle va y prendre et comment elle va en bénéficier.

Laisser ses salariés dans la perception que le futur se construit sans eux, c’est prendre le risque de crise qui peut survenir à tout moment ou d’un fort turn over. Les dirigeants se doivent de montrer un avenir qui fait sens et permet à chacun de se projeter.