La croissance joyeuse
Date de publication
La croissance joyeuse
Par Éric Albert
Tous les trimestres, le niveau de la croissance française est révisé de quelques points après virgule. Les commentateurs s’enthousiasment lorsqu’on progresse de 0,1 ou se désolent en cas inverse. En fait, depuis des années nous sommes globalement dans une stagnation et clairement en queue de peloton par rapport à nos voisins. Notons qu’en parallèle, les études sur le moral des Français pointent une morosité générale teintée d’inquiétude.
En entreprise, si les dirigeants sont, en général, unanimes sur la nécessité de la croissance, ils ont souvent du mal à faire adhérer les équipes à cette conviction. Le raisonnement qui leur est objecté repose sur le constat que l’entreprise fonctionne bien telle qu’elle est. Faire de la croissance, c’est se donner plus de mal pour le bénéfice exclusif de l’actionnaire.
Commençons par éliminer l’hypothèse de la décroissance. Celle-ci est douloureuse avant tout pour les salariés. Elle est synonyme de baisses d’effectif, de réduction des rémunérations variables et la plupart du temps, de tensions entre les équipes et d’ambiance dégradée. La stagnation est moins douloureuse mais elle pourrait générer de la morosité. Faire la même chose, avec les mêmes, pour obtenir les mêmes résultats, risque de lasser à la longue. D’autant qu’il est rare que ce puisse être un modèle pérenne et que les changements rapides de l’écosystème risquent de faire basculer dans la décroissance.
Il ne reste donc que la croissance. Les salariés l’associent aux efforts supplémentaires, ce n’est pas faux. Mais ces efforts vont avec une progression des acteurs qui apprennent à travailler différemment et à développer de nouvelles compétences. La croissance va aussi avec des recrutements. C’est-à-dire des nouveaux arrivants qui contribuent à enrichir le collectif. Elle est aussi associée à des opportunités nouvelles. En croissance, l’entreprise a besoin de développer de nouvelles fonctions, de remettre en question son modèle opérationnel, de s’enrichir de compétences, de favoriser les initiatives. Le mouvement ouvre à ce qui n’avait pas été envisagé auparavant. Il offre un champ de possibilités encore inexplorées.
C’est un enjeu essentiel pour les dirigeants de montrer aux équipes tous les bénéfices individuels et collectifs de la croissance. Au-delà de l’objectif affiché qui se résume en général par un chiffre, il faut partager pourquoi la croissance est enthousiasmante et comment chacun va trouver son compte. C’est en s’appuyant sur la conviction de tous, que la dynamique positive de l’entreprise peut se déployer.