Faut-il adapter les réunions à notre attention, ou notre attention aux réunions ?
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Faut-il adapter les réunions à notre attention, ou notre attention aux réunions ?
Par Perrine Doebelin
Cette semaine, j'ai prévu 45 min de 1:1 avec mon client. Je déroule ma liste, du plus urgent au moins prioritaire. À la minute 30, je parle dans le vide : il vient de recevoir un e-mail. J'ai perdu son attention. Comment lui en vouloir ?
Ce n'est pas une anecdote, c'est une statistique. Notre étude Uside avec Ipsos bva le montre : 39% des salariés français admettent ne pas être attentifs au contenu de leurs réunions. Et le Référentiel annuel 2026 de l'Observatoire de l'infobésité le confirme autrement : 23% des e-mails d'un dirigeant partent pendant une réunion à laquelle il participe.
Le premier réflexe est d'accuser les notifications, du PC ou du téléphone. Elles comptent, mais elles ne sont pas la cause principale. Gloria Mark a montré que 44% de nos interruptions viennent de nous, sans aucun déclencheur extérieur. Et dans notre étude Uside, les sollicitations numériques n'arrivent qu'en sixième position des causes de désattention. Devant elles, la fatigue (62%), le manque de reconnaissance (43%), le manque de motivation (40%). La notification déclenche le décrochage, elle ne le cause pas.
Que faire ? Deux logiques s'affrontent. Adapter les réunions à notre attention : plus courtes (45 min avec mon client, c'était donc trop ?), moins nombreuses, jours sans réunion.
Ou adapter notre attention aux réunions : écoute active, mode « ne pas déranger », discipline.
En visio, la recette la plus répandue du second camp, c'est la caméra. Elle a ses vertus : voir les visages, se savoir vu, cela engage. Mais une expérience américaine (Journal of Applied Psychology, 2021) a suivi 103 personnes pendant quatre semaines. Caméra allumée, la fatigue augmente, et cette fatigue produit moins de prise de parole, pas plus. Ce qui coûte, ce n'est pas de voir les autres, c'est de se voir soi. L'effet est le plus fort chez les femmes et les nouveaux arrivants, plus exposés à la pression de présentation de soi. On demande un signe d'attention, et le signe consomme l'attention qu'il devait prouver.
L'éducation connaît bien ce débat. Faut-il adapter le programme aux élèves, ou les élèves au programme ? Cela révèle un même évitement : discuter le cadre, au lieu de la finalité. Pour la réunion, même chose : on discute sa forme, ou la concentration de ceux qui y sont. Jamais à quoi elle sert.
On convoque, on planifie, on invite : tout cela reste de la forme. Elle compte, les comportements aussi. Aucun des deux ne remplace ce que l'on vient décider : l'objet de la réunion.
Chez Uside , nous le formulons ainsi : l'attention est biologique, pas morale. Culpabiliser une équipe distraite ne produit rien. Et l’attention ne se porte que sur un sujet défini à l'avance : sinon elle flotte, et la première notification l'emporte.
Reste que l'objet ne se décrète pas seul. Celui qui organise le pose. Celui qui est convié a le droit de le contester, de demander ce qu'il vient y faire, et parfois de décliner.
Mes 45 minutes n'étaient peut-être pas trop longues. Ma liste, classée du plus urgent au moins prioritaire, était surtout la mienne. Et à la minute 30, mon client ne savait plus ce que nous venions décider ensemble.
Et vous, la dernière fois que vous avez décroché : c'était votre fatigue, la notification Outlook, ou l'objet de la réunion ?