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Savoir s’arrêter – Eric Albert

Le premier jour du cessez-le-feu, Israël a bombardé plus que jamais le Liban. La conséquence immédiate a été une re-fermeture du détroit d’Ormuz dont l’économie mondiale dépend douloureusement. À nouveau Israël montre sa détermination à continuer quoiqu’il en coûte cette guerre initiée par son premier ministre Netanyahou.

Ne pas savoir s’arrêter est fréquent aussi en entreprise. Les projets sont investis par les équipes qui les pilotent, les arrêter provoquerait une forte déception. Ils font valoir qu’il y a toujours un espoir qu’ils aboutissent et insistent sur leur intérêt potentiel. On voit l’inconvénient à arrêter et on sous-estime celui de continuer. Et, « pour ne pas démotiver », on laisse les choses perdurer au-delà de ce qui est raisonnable. Plus on attend, plus il est difficile de prendre la décision d’interrompre.

Ce ne sont pas seulement les projets qu’il est difficile d’arrêter. Certaines réunions, des comités, ou encore des rôles qui devaient être éphémères se sont installés et sont devenus des habitudes voire des raisons d’être pour certains. Les remettre en cause bouleverse un système mais surtout des acteurs qui ont trouvé un espace pour exister. Ils y produisent une activité qui, parce qu’elle existe, justifie qu’on la perpétue.

Arrêter induit souvent une déception et parfois signifie des fermetures de poste. C’est pourquoi cela n’est fait, la plupart du temps, que lors de plans de réduction des coûts avec le traumatisme que l’on sait. Chacun, tend à considérer que sécurité rime avec pérennité. Et, bien naturellement, essaie de faire durer ce dans quoi il est engagé.

L’une des spécificités de notre époque est qu’elle est marquée de ruptures qui s’enchaînent à un rythme jamais connu. Il pourrait donc être utile d’apprendre à cultiver dans les entreprises, un sens de l’éphémère. Cela suppose de considérer que, par définition, il faut remettre en cause ce qui est établi. Cette remise en cause n’a donc rien de personnel. C’est une forme d’hygiène qui d’une part permet d’interrompre ce qui n’est plus utile, et d’autre part entraîne les acteurs à vivre ces moments de changement de façon moins traumatisante. Arrêter, changer, apprendre, doit devenir un cycle banal.

Les dirigeants sont concernés au premier plan. D’abord en diffusant cette culture de l’éphémère qui aide les acteurs à changer sans les désécuriser. Ensuite ne se l’appliquant à eux-mêmes, c’est-à-dire en montrant leur propre souplesse et leur capacité à arrêter des pratiques qui servent principalement leur propre confort.