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Il n’y a pas de droit à l’erreur – Eric Albert

L’un des dialogues de sourds entre les leaders et leurs équipes concerne la prise de risque. Tous les dirigeants savent que le business progresse à condition que chacun à son niveau ose tenter des choses. Sans cela, l’alternative est simple : soit on est purement dans la reproduction du passé ce qui revient au déclin, soit on ne fait bouger les choses que par le haut et on prend des décisions en central qui sont plus ou moins déconnectées du terrain.

Donc l’injonction à la prise de risque est répétée. Et, invariablement, les managers auxquels on s’adresse, répondent : certes, mais il faudrait que nous ayons le « droit à l’erreur ». Derrière cette formule, beaucoup comprennent que l’échec ne doit pas être sanctionné. Il faudrait leur donner un blanc-seing qui leur permette de tout tenter. Si cela marche ils en tirent les lauriers, sinon, « le droit à l’erreur » remet les compteurs à zéro.

C’est évidemment un contresens qui explique en partie le malentendu entre les dirigeants et leurs équipes. L’erreur n’est pas un droit. C’est un passage fréquent lors des prises de risque. Elle doit être dans les esprits en permanence de façon à se réajuster au plus vite dès qu’elle est détectée. L’erreur est donc banale, presque nécessaire dans toute dynamique de progrès. Il faut l’aborder avec pragmatisme sans excès de culpabilité ni pour autant la banaliser comme si de rien n'était. Ce qui compte c’est la relation que l’on entretient avec elle qui doit conduire à s’en servir comme moteur d’amélioration et stimulation heuristique.

Sachant que les erreurs arriveront, ce n’est pas pour autant que celui qui prend des risques doit être dédouané de toute évaluation de sa performance. Celle-ci se fait, comme d’habitude sur les résultats concrets délivrés. Elle peut être complétée par l’usage qui a été fait des erreurs commises. Sachant, qu’à l’inverse, celui qui n’en a pas commis, n’a probablement pas suffisamment pris de risques (élément à prendre en compte dans l’évaluation de sa performance). Pour les autres, la question qui se pose est comment ils ont détecté, analysé, corrigé, appris des erreurs.

Il faut cesser de considérer l’erreur comme un accident à éviter. Il faut l’intégrer comme l’un des événements habituels de toute prise de risque. Et dès lors la traiter de façon non émotionnelle comme l’un des paramètres de la performance des acteurs.